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10.L’Opéra de Pékin: Le Manoir des Hu (Hu jia zhuang)

Cette série est conçue comme votre guide personnel pour le Gala d’Opéra de l’Année du Cheval 2026. Elle vous offre les clés pour pénétrer l’univers fascinant de la scène traditionnelle chinoise. À travers une présentation accessible de l’origine, de l’histoire et des caractéristiques artistiques de chaque œuvre, nous souhaitons vous accompagner pour en saisir les nuances et vivre pleinement l’émotion du spectacle. Que vous soyez un connaisseur ou que vous découvrirez l’opéra chinois pour la première fois, ces pages sont votre invitation à une expérience théâtrale unique.

1. Origine de l’œuvre

Pourquoi Hu jia zhuang est-il une pièce emblématique du rôle wudan ?

Le Manoir des Hu est un grand classique du répertoire martial féminin de l’Opéra de Pékin. À l’origine, il s’agissait d’un extrait de Kunqu, très joué par les troupes du Nord et du Sud, inspiré du chapitre 48 du roman Au bord de l’eau (Shuihu zhuan), avec certaines différences par rapport au texte littéraire. Des adaptations existent également dans d’autres formes d’opéra régional.

Dans la pratique scénique moderne, la pièce a longtemps circulé entre le Kunqu et le répertoire Jing–Kun (interprétations mixtes). Elle se distingue par l’équilibre entre virtuosité martiale et structure chantée, un style souvent qualifié de « théâtre martial à chant construit » : l’interprète doit maîtriser la gestuelle, les armes et les déplacements de bataille, tout en conservant l’expressivité du chant et du jeu.

C’est pourquoi Hu jia zhuang est considéré comme un passage obligé pour le rôle wudan : il met à l’épreuve à la fois la technique martiale et la capacité à construire un personnage.

2. Contexte et intrigue

Au cœur de la mêlée, « Yizhangqing » entre en scène

L’action se déroule lors du conflit entre les héros de Liangshan, menés par Song Jiang, et le Manoir des Hu, allié au camp de Zhu jia zhuang. Face à la menace d’invasion, la guerrière Hu Sanniang, surnommée Yizhangqing (« Une-Toise-de-Vert »), la plus redoutable combattante du clan, manie la hallebarde longue avec brio.

Elle prend l’initiative de sortir au combat, charge à cheval, affronte les chefs de Liangshan, capture Wang Ying et repousse plusieurs adversaires. Song Jiang change alors de stratégie, et Hu Sanniang finit par être capturée par Lin Chong.

L’opéra concentre l’attention sur ce moment de bravoure : une scène brève, au rythme serré, où la tension du champ de bataille et l’éclat du personnage se déploient en quelques instants.

3. Types de rôles

La tension dramatique naît aussi de la distribution

Hu Sanniang — Wudan (rôle féminin martial )

 Personnage central, elle incarne le Wudan par excellence : priorité à l’action (combat, jeu corporel, danse), tout en gardant la maîtrise du chant et du texte.
Techniques clés : maniement de la hallebarde, puissance du port de corps et équitation stylisée (cheval invisible), qui expriment une héroïne ferme, rapide et souveraine.

Wang Ying — Chou (rôle comique)
Surnommé « Tigre aux petits pieds », Wang Ying est le plus souvent interprété par un rôle chou (comique). Son parler vivant, ses mouvements marqués et son rythme nerveux participent au contraste : en tant que capturé, il porte le conflit tout en renforçant, par la différence de stature et d’énergie, l’autorité de Hu Sanniang.

4. Costumes et accessoires

Quand l’image scénique raconte déjà le rapport de force

Dans Le Manoir des Hu, costumes, armes et gestuelle composent un langage visuel clair : d’un côté une héroïne structurée et tranchante, de l’autre un adversaire plus désordonné. Ce contraste fait ressortir la prestance de la guerrière dès le premier regard.

Hu Sanniang : armure et identité de femme-générale
Son armure « modernisée » (kào revisité) reprend la structure traditionnelle tout en allégeant : coupe plus ajustée, taille marquée, silhouette plus simple et plus pratique, facilitant les mouvements martiaux exigeants. La ligne est nette, l’allure disciplinée : tout annonce une combattante d’élite.

L’arme centrale : la hallebarde longue
La hallebarde constitue l’axe visuel de la scène. Les trajectoires (ouvrir/fermer, soulever, piquer, fendre) ne servent pas seulement à « se battre » : elles extériorisent le caractère. Une arme incisive pour une héroïne décisive ; une tenue stable pour une cheffe capable de contrôler la mêlée.

L’équitation stylisée : « voir le cheval sans cheval »
Par le rythme de la marche, les rebonds du buste et l’occupation de l’espace, l’actrice fait naître l’illusion de la charge à cheval sur un plateau vide. Cette substitution du réel par le corps est l’une des beautés majeures de l’esthétique de l’Opéra de Pékin.

Wang Ying : une silhouette de hors-la-loi
Il porte souvent une tenue courte de combat, pratique pour les chutes et les mouvements rapides, aux couleurs plus sombres ou mêlées, avec des lignes moins ordonnées. Face à l’armure du Wudan, cette apparence suffit à établir la hiérarchie scénique.
Ses déséquilibres, culbutes et réactions contrastent avec la stabilité de Hu Sanniang, rendant la victoire lisible par le corps.

 

5. Points forts de la représentation

Comment apprécier cette « grande scène martiale » ?

Hu jia zhuang comporte peu de passages purement lyriques : sa force vient surtout de la précision corporelle et de la construction de l’élan scénique. Pour entrer dans la pièce, observez :

  • la clarté des trajectoires de hallebarde : lignes nettes, début et fin lisibles, vitesse mais aussi méthode ;
     

  • le rythme de l’équitation stylisée : marche et pivots donnent-ils réellement une impression de cheval et de charge ?
     

  • les poses figées (liàngxiàng) : après l’action rapide, l’arrêt capte-t-il le regard et « tient-il » la scène ?
     

  • le calme au cœur du chaos : même dans la mêlée, le personnage reste-t-il lisible, sans se perdre dans la virtuosité ?
     

Ces éléments réunis font apparaître l’essence du Wudan : puissance, netteté, maîtrise et beauté du mouvement.

 

6. Interprètes

Shijia Jiang — Hu Sanniang
Diplômée de l’Académie nationale des arts du théâtre chinois (mise en scène d’opéra), elle cumule plus de vingt ans de pratique et d’enseignement de l’Opéra de Pékin. Elle œuvre à la transmission, à la pédagogie et à la création scénique, et a participé à de nombreuses tournées et échanges artistiques (États-Unis, Corée, etc.). Installée au Canada, elle poursuit activement la diffusion de l’Opéra de Pékin et le dialogue culturel.

Mingyan Luo — « Jeune Hu Sanniang »
Âgée de 9 ans, elle étudie l’Opéra de Pékin depuis l’âge de 6 ans auprès de Jiang Shijia. Après une pièce d’initiation (Maishui), elle aborde le répertoire martial avec Hu jia zhuang. Elle a déjà participé à deux représentations, montrant sens du rythme, concentration scénique et compréhension des codes.

Qi Yue — Wang Ying
Il pratique l’Opéra de Pékin depuis une dizaine d’années. Fort d’une base solide en arts martiaux, il interprète principalement des rôles de répertoire martial. Il a joué Sun Wukong dans Le Roi des Singes, trouble le Palais du Dragon et Le Roi des Singes bouleverse le Ciel, et a interprété Wang Ying dans Hu jia zhuang lors d’un gala du Nouvel An chinois à Seattle. Il a également incarné d’autres rôles martiaux (dont matong), avec un style net, discipliné et une présence scénique affirmée.

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