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9. L’Opéra de Pékin Le Quatrième Fils rend visite à sa mère – Au Palais

Cette série est conçue comme votre guide personnel pour le Gala d’Opéra de l’Année du Cheval 2026. Elle vous offre les clés pour pénétrer l’univers fascinant de la scène traditionnelle chinoise. À travers une présentation accessible de l’origine, de l’histoire et des caractéristiques artistiques de chaque œuvre, nous souhaitons vous accompagner pour en saisir les nuances et vivre pleinement l’émotion du spectacle. Que vous soyez un connaisseur ou que vous découvrirez l’opéra chinois pour la première fois, ces pages sont votre invitation à une expérience théâtrale unique.

1. Origine de l’œuvre

Pourquoi Au Palais est-il considéré comme « le plus célèbre duo chanté de l’Opéra de Pékin » ?

Ce numéro est l’un des grands chefs-d’œuvre du répertoire traditionnel de l’Opéra de Pékin, réputé pour son exigence vocale et sa profondeur émotionnelle.

La pièce est inspirée du roman historique Les Généraux de la famille Yang, mais son adaptation scénique s’éloigne sensiblement du récit original. Dans le roman, Yang Yanhui (le Quatrième Fils) se rend volontairement chez les Liao afin de préparer une reconquête militaire.
L’opéra, quant à lui, réorganise l’intrigue pour placer au premier plan les liens humains : relations entre mère et fils, mari et femme, frères et beaux-parents.

Des documents historiques attestent que la pièce était déjà jouée sous la dynastie Qing, au début du XIXᵉ siècle. Elle fut interprétée par de grands maîtres tels que Yu Sansheng, Tan Xinpei, Mei Lanfang, Ma Lianliang et Zhang Junqiu, donnant naissance à plusieurs versions stylistiques.

Bien que située dans le contexte des guerres entre les Song et les Liao, la pièce ne traite ni de stratégie militaire ni de victoire politique : elle explore avant tout la fidélité, la piété filiale, l’amour conjugal et le dilemme entre devoir privé et loyauté publique.

2. Contexte et intrigue

Une visite nocturne, entre amour conjugal et dilemme national

Yang Yanhui, quatrième fils du célèbre général Yang Jiye, est capturé lors de la bataille de Jinshatan. Pour survivre, il dissimule sa véritable identité et prend le nom de Mu Yi. Apprécié pour son talent et son caractère, il est choisi comme gendre par l’impératrice douairière des Liao et épouse la Princesse Tiejing. Quinze années s’écoulent ainsi, loin de sa patrie.

Un jour, Yang Yanhui apprend que sa mère, She Taijun, mène personnellement l’armée des Song jusqu’à la frontière de Tianmen. Submergé par le désir de revoir sa mère, il décide de lui rendre visite en secret. Après une longue lutte intérieure, il révèle enfin sa véritable identité à son épouse et lui demande de l’aider à obtenir le laissez-passer impérial.

Choquée par cette révélation, la princesse est néanmoins touchée par la sincérité de son mari. Après qu’il lui a juré de revenir immédiatement après avoir vu sa mère, elle brave le danger et vole le laissez-passer à l’impératrice douairière.

Grâce à ce document, Yang Yanhui traverse la frontière de nuit et retrouve sa mère, ses frères, ainsi que son épouse d’origine. Les retrouvailles sont émouvantes, mais brèves. Fidèle à sa promesse, il repart avant l’aube, malgré les supplications.

Lorsque la vérité éclate, l’impératrice ordonne son exécution. La princesse Tiejing, prête à mourir pour le sauver, s’interpose et obtient finalement sa grâce.

La scène au Palais constitue le cœur émotionnel de l’œuvre. Par la finesse de ses duos chantés et la précision psychologique de ses personnages, elle est devenue un véritable étalon d’excellence pour les rôles de sheng et dan.
Les airs célèbres tels que « En l’écoutant, la sueur me couvre tout le corps » ou « Notre amour d’époux n’est pas sans profondeur » sont aujourd’hui connus de tous les amateurs d’opéra.

3. Costumes et accessoires

Quand le costume révèle l’identité et le conflit intérieur

Yang Yanhui (Quatrième Fils)
Il porte le costume de prince consort des Liao : robe rouge brodée de dragons, coiffe ornée d’ailes, plumes et queue de renard symbolisant l’origine étrangère.
Cette apparence visuelle contraste fortement avec son identité intérieure de général des Song. Des gestes tels que retirer sa coiffe ou se frapper la poitrine traduisent son tiraillement intérieur.

La Princesse Tiejing
Vêtue d’un costume de cour inspiré des tenues mandchoues, coiffée d’un grand chignon et chaussée de semelles hautes, elle incarne la noblesse et la dignité.
L’objet qu’elle tient — une poupée porte-bonheur — sert à la fois de symbole maternel et d’accessoire expressif, soulignant sa tendresse et son intelligence émotionnelle.

4. Types de rôles

Comment le Sheng et le Dan chantent-ils l’âme humaine ?

Yang Yanhui — Laosheng
Rôle masculin incarnant un homme mûr, caractérisé par un chant posé, une expression retenue et une grande profondeur émotionnelle.
Le chant doit exprimer quinze années de silence, de nostalgie et de culpabilité, notamment dans les grandes arias introspectives.

La Princesse Tiejing — Qingyi à tendance huashan
Rôle féminin alliant la dignité et la noblesse de la qingyi à la vivacité, à la souplesse expressive et aux éléments corporels du rôle mixte huashan.
Son chant est clair et fluide, tandis que ses dialogues parlés (en Jingbai) apportent vivacité et spontanéité. Elle incarne à la fois la femme aimante, la princesse noble et la médiatrice morale.

Leur duo progresse d’un échange mesuré à une tension émotionnelle intense, faisant de Zuò gōng une véritable pièce psychologique chantée.

5. Points d’écoute et de regard

Sans combats ni scènes spectaculaires

Sans combats ni scènes spectaculaires, Zuò gōng repose entièrement sur la voix et l’interprétation.

À observer :

  • la respiration et l’équilibre des duos chantés ;
     

  • la manière dont les voix se répondent et se soutiennent ;
     

  • les micro-gestes et silences révélant la relation conjugale.
     

C’est dans ces détails que l’on perçoit comment les grandes valeurs nationales prennent corps dans une intimité humaine.

6. Interprètes

 Li Fu— Princesse Tiejing
Membre clé de l’Opéra de Pékin du Québec, spécialisée dans les rôles féminins (Dan).
Elle a étudié successivement auprès de Jing Lianlian, Jiang Shijia et Lü Yan, et a interprété de nombreuses œuvres classiques, dont Jeu du dragon et du phénix, La Légende du Serpent blanc, Le Sac aux Licornes, Adieu ma concubine et Le Rêve du pavillon.

Max Ma — Yang Yanhui
Membre clé de l’Opéra de Pékin du Québec, spécialisé dans les rôles masculins (Laosheng et Xiaosheng).
Il a interprété des extraits d’Opéra de Pékin et de Kunqu tels que La Forêt du Sanglier, Le Jeu du dragon et du phénix, L’Accession au trône, Promenade au lac et Le Rêve interrompu, et s’est produit dans de nombreux festivals culturels et événements majeurs au Québec.

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