









3.Kunqu « Le Pavillon aux pivoines • Le Rêve interrompu »
Cette série est conçue comme votre guide personnel pour le Gala d’Opéra de l’Année du Cheval 2026. Elle vous offre les clés pour pénétrer l’univers fascinant de la scène traditionnelle chinoise. À travers une présentation accessible de l’origine, de l’histoire et des caractéristiques artistiques de chaque œuvre, nous souhaitons vous accompagner pour en saisir les nuances et vivre pleinement l’émotion du spectacle. Que vous soyez un connaisseur ou que vous découvrirez l’opéra chinois pour la première fois, ces pages sont votre invitation à une expérience théâtrale unique.
1. Origines
Le Pavillon aux pivoines est le chef-d’œuvre du dramaturge de la dynastie Ming, Tang Xianzu. Depuis plus de quatre siècles, il est considéré comme l’apogée de l’art du Kunqu, l’un des classiques les plus poétiques et vibrants de vitalité de l’histoire de l’opéra chinois. La pièce compte 55 actes, et Le Rêve interrompu en est le point de départ émotionnel et le noyau spirituel.
Si Le Pavillon aux pivoines explore le thème « de l’amour qui naît sans qu’on sache pourquoi et va jusqu’à l’extrême », alors Le Rêve interrompu décrit précisément la naissance de cet amour — non dans la réalité, mais dans les doux songes d’un jardin printanier.
2. Synopsis
Sous la dynastie des Song du Sud, Du Liniang, fille du préfet Du Bao, a grandi recluse dans le gynécée, soumise aux strictes règles des convenances. Un jour de printemps, après une promenade dans le jardin fleuri où la beauté de la nature éveille en elle une émotion jusqu’alors inconnue, elle rentre épuisée et s’endort.
Dans son rêve, guidée par l’Esprit des Fleurs, elle retourne au cœur du jardin et y rencontre un jeune lettré qu’elle n’a jamais vu, Liu Mengmei. Ils se voient, se reconnaissent et s’aiment. Un lien qui n’existe pas dans la réalité s’épanouit naturellement dans le rêve.
À son réveil, il n’est plus là.
Mais c’est ce rêve qui fonde toute la quête explorant pas à pas la question ultime : D’où vient l’amour, et où va-t-il ?
3. Personnages et rôles
Du Liniang | Guimendan(rôle féminin issue d’une bonne famille, élevée dans l’espace privé du foyer, douce, réservée et élégante)
Jeune fille de noble famille, encore cloîtrée. Extérieurement réservée et gracieuse, son cœur s’éveille doucement à la lumière du printemps et dans le rêve. Son jeu exige finesse, retenue et progression subtile — non une explosion d’émotions, mais une lente germination du sentiment.
Coiffure traditionnelle, robe brodée (huapei) et jupe brodée, élégante et délicate, incarnant l’archétype de la jeune fille du gynécée.
Liu Mengmei | Xiaosheng (lettré jeune)
Jeune lettré talentueux, romantique et plein de grâce. Porte le bonnet de lettré (xiaoshengjin) et une robe ample brodée (huazhezi). Son maintien est raffiné, empreint de culture littéraire et de la ferveur juvénile. Dans Le Rêve interrompu, il n’est pas un séducteur actif, mais l’être destiné, qui « se reconnaît » mutuellement avec Du Liniang dans le rêve.
L’Esprit des Fleurs | Rôle de type immortel
Figure symbolique reliant la nature, le rêve et le destin. Elle ne dirige pas l’action, mais agit comme une main invisible guidant les deux protagonistes vers l’instant de leur rencontre inéluctable.
4. Costumes et apparence
Du Liniang — La beauté délicate et touchante de la jeune fille
Coiffure et maquillage : « Datou » traditionnel, aux lignes douces et élégantes.
Costume : Robe brodée (pei) et jupe brodée, couleurs pastel, motifs délicats.
Aura générale : Pure, calme, mais traversée de sentiments cachés.
Cette tenue discrète est celle qui révèle le mieux son monde intérieur en éveil — l’image classique de la jeune fille du gynécée.
Liu Mengmei — L’allure douce et romantique du jeune lettré
Coiffe : Bonnet de lettré (xiaoshengjin), marqueur du jeune érudit.
Costume : Robe ample brodée (zhezi), lignes épurées, style raffiné.
Aura générale : Élégant, posé, sans affectation.
Sa présence apporte au rêve une réponse calme et sincère.
Les fées des Fleurs — Le guide du rêve et du destin
Coiffure : Style ancien, souvent orné d’une grande pivoine.
Costume : Jupe brodée, lignes fluides, couleurs vives.
Détail : Franges à la taille créant du mouvement à chaque pas.
Son apparition n’a souvent pas besoin de mots : sa seule présence signale au public que le rêve va commencer.
5. Points d’appréciation
Chant et déclamation – Des mots comme des fils qui tissent l’émotion
Le Kunqu exige une maîtrise des tons, des nuances yin/yang, des modes musicaux et de la clarté vocale. Dans Le Rêve interrompu, le chant et la déclamation ne « racontent » pas, mais tissent l’émotion. Le public peut observer comment, par d’infimes variations dans l’articulation, le sentiment s’écoule imperceptiblement.
Musique – Le Shuimoqiang (mélodie « polie à l’eau »), qui polit le sentiment
Le chant du Kunqu est appelé Shuimoqiang — connu pour sa finesse, sa fluidité et sa longueur étirée. Les airs principaux utilisés ici incluent :
Wannianhuan (Joie éternelle) : air de musique divine. Le tintement clair d’une clochette en ouverture semble ouvrir doucement la porte du rêve, plongeant instantanément le public dans un monde féerique.
Shantaohong (Pêcher rouge des montagnes) : mélodie douce et enveloppante, qui forme la toile de fond musicale de l’éclosion de l’amour dans le rêve.
Jeu scénique – « Pas un son qui ne soit chant, pas un mouvement qui ne soit danse »
L’opéra chinois suit le principe : « Pas un son qui ne soit chant, pas un mouvement qui ne soit danse ». Dans Le Rêve interrompu, l’émotion n’est pas exprimée directement, mais dévoilée progressivement à travers les postures, les mouvements des manches aquatiques (shuixiu), la démarche et le regard :
Les manches qui voltigent évoquent le flux des sentiments.
Les pas qui s’approchent ou s’éloignent créent distance et proximité.
Les regards échangés traduisent la transition de la surprise de la première rencontre à la fascination, puis à l’intensification de l’affection.
Ces gestes apparemment discrets rendent l’amour du rêve à la fois tangible et évanescent.
Inutile de s’attarder sur les noms des airs ou de craindre de « ne pas comprendre l’histoire ».
Concentrez-vous simplement sur :
Ses manches sont-elles déployées ou retenues ?
Ses pas, sont-ils hésitants ou résolus ?
Son regard est-il en exploration ou en confirmation ?
Lorsque vous saisissez ces nuances, vous êtes déjà entré dans le rêve de Du Liniang — et dans le monde le plus émouvant du Kunqu.
6. Présentation des interprètes
Shi Dongmei incarne Du Liniang dans cette production. Actrice de l’Opéra de Pékin – Centre artistique du Québec, elle pratique également le Kunqu. Initiée à l’opéra de Pékin et à la théorie vocale dès l’âge de 10 ans dans un cadre familial, elle a appris auprès de nombreux maîtres. Depuis 2021, elle étudie systématiquement le rôle de guimendan du Kunqu avec la célèbre artiste Xu Jiawan. Elle est versée dans les techniques du Kunqu, de l’opéra de Pékin et de l’opéra du Zhejiang (Yueju). Enseignante à l’université, elle a participé pendant plus de dix ans à un cours électif d’« Appréciation de l’opéra chinois » suivi par des milliers d’étudiants, accumulant une riche expérience théorique et pratique. En 2023, elle a représenté la communauté canadienne des amateurs de Yueju à l’émission spéciale « La Voix de l’opéra du Zhejiang » diffusée sur Zhejiang TV.
Quan Zi incarne Liu Mengmei. Membre actif de l’Opéra de Pékin – Centre artistique du Québec, spécialisé dans les rôles de laosheng (homme âgé) et xiaosheng (jeune lettré).
Il participe activement depuis des années aux productions et activités du centre, étudiant de manière systématique l’art dramatique. Parmi les pièces qu’il a étudiées et interprétées figurent des extraits d’opéra de Pékin et de Kunqu tels que La Forêt des sangliers, L’Empereur amuse la phénix, Le Grand couronnement, Promenade sur le lac et Le Rêve interrompu. Il a participé à de nombreuses représentations, dont le Festival des cultures de Québec, la célébration du 5e anniversaire de l’Opéra de Pékin – Québec, la Soirée du Nouvel An lunaire 2025 (Année du Serpent) et la Spéciale de la mi-automne 2025.


