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2.Opéra de Pékin:  La Forteresse de Muke

Cette série est conçue comme votre guide personnel pour le Gala d’Opéra de l’Année du Cheval 2026. Elle vous offre les clés pour pénétrer l’univers fascinant de la scène traditionnelle chinoise. À travers une présentation accessible de l’origine, de l’histoire et des caractéristiques artistiques de chaque œuvre, nous souhaitons vous accompagner pour en saisir les nuances et vivre pleinement l’émotion du spectacle. Que vous soyez un connaisseur ou que vous découvrirez l’opéra chinois pour la première fois, ces pages sont votre invitation à une expérience théâtrale unique.

1. Origines de la pièce 

L’histoire de La Forteresse de Muke puise ses racines dans la légende populaire des Généraux de la famille Yang, l’un des thèmes les plus durables sur les scènes traditionnelles chinoises. Représentée dans de nombreux genres (opéra de Pékin, opéra du Shaanxi, opéra du Hebei, opéra du Henan, etc.), elle est devenue une véritable « pièce du répertoire national ».

Dans l’histoire de l’opéra de Pékin, La Forteresse de Muke occupe une place particulière : elle est étroitement liée à la carrière du maître Mei Lanfang et constitue une étape majeure de son parcours artistique. En 1913, le jeune Mei Lanfang interpréta pour la première fois ce rôle à Shanghai, marquant plusieurs « premières » : premier rôle de daomadan (héroïne guerrière) avec armure, et première fois en tête d’affiche d’une grande production commerciale. À une époque où les rôles masculins dominaient la scène, le fait qu’un acteur spécialisé dans les rôles de jeune femme délicate (qingyi) ose incarner une guerrière fut une audace remarquable.

Mei Lanfang y rompit avec les codes traditionnels du qingyi, alliant élégance littéraire et prouesses martiales, et introduisant un langage scénique plus naturel. Il créa ainsi le personnage de Mu Guiying, fusionnant avec grâce la fougue juvénile et l’esprit guerrier. Ce triomphe à Shanghai marqua un tournant dans sa carrière et ouvrit de nouvelles perspectives artistiques pour les rôles féminins de l’opéra de Pékin. Des décennies plus tard, son ultime chef-d’œuvre, Mu Guiying prend le commandement, trouve son origine dans cette première exploration.

2. Contexte narratif 

Sous les Song du Nord, en guerre contre les Liao, ces derniers déploient une redoutable formation militaire, la « Barrière céleste ». Le général Yang Yanzhao, commandant des Song, est blessé et empoisonné en inspectant. Seul le « Bois qui soumet le dragon », conservé au Fort Mu, peut le guérir. Ses lieutenants Meng Liang et Jiao Zan s’y rendent pour le réclamer, mais sont vaincus par Mu Guiying, fille du chef du fort.

Sur le chemin du retour, ils croisent le jeune général Yang Zongbao, fils de Yang Yanzhao, et le provoquent. Fougueux, ce dernier défie Mu Guiying, mais est à son tour capturé par la jeune femme, dont la maîtrise martiale est supérieure. Au fort, Mu Guiying, subjuguée par la prestance du jeune homme, lui avoue sans détour son amour et propose de l’épouser.

Apprenant la capture de son fils, Yang Yanzhao, inquiet, part en expédition sous un nom d’emprunt. Il affronte d’abord le père de Mu Guiying, qui prend la fuite. Mu Guiying accourt et capture à nouveau ce « vieux général inconnu » ! Lorsque Meng Liang révèle soudain son identité, elle réalise avec confusion qu’elle vient de capturer son futur beau-père. Honteuse, elle le laisse tomber de cheval et s’enfuit au galop. Guerre et amour s’entremêlent ainsi de manière inattendue.

La scène présentée ici est celle où Mu Guiying mène ses troupes à la chasse. C’est sa première apparition dans la pièce, mettant en lumière sa jeunesse, sa vaillance et son exceptionnel talent martial.、

3. Costumes et accessoires 

Dès son entrée en scène, Mu Guiying rayonne.

Sa tenue, centrée sur l’armure féminine modifiée, les quatre drapeaux dorsaux et le casque à sept étoiles et plumes de faisan, réalise un équilibre parfait entre puissance martiale et vivacité gracieuse, incarnant l’idéal esthétique du rôle de daomadan.

Les drapeaux dorsaux : le souffle de l’aura
Ces quatre petits drapeaux ne sont pas de simples ornements. Agissant comme des « girouettes » et « amplificateurs de présence », ils ondulent au rythme de ses déplacements et combats, évoquant par leur mouvement le souffle du vent et la puissance d’une armée.

Le casque : les « micro-expressions » des plumes
Les sept pompons frontaux tremblent délicatement à chaque mouvement de tête, ajoutant une touche de vivacité juvénile à son allure martiale. Les longues plumes de faisan ( lingzi ), manipulées avec une maîtrise subtile du cou, peuvent osciller, trembler, s’enrouler ou se dresser, exprimant joie, colère, réflexion ou défi. Véritables « deuxième visage », elles parlent à la place du personnage.

Cet ensemble confère à Mu Guiying une allure à la fois héroïque, dynamique et juvénile, faisant d’elle l’image la plus vibrante et pleine de vie des guerrières de l’opéra de Pékin.

L’arc et le fouet : les attributs de son art martial
L’arc signale d’emblée son exceptionnelle maîtrise guerrière. Le fouet, quant à lui, est l’un des accessoires les plus évocateurs : d’un simple geste, il donne vie au cheval invisible, instaurant mouvement, vitesse et puissance sur la scène.

4. Type de rôle 

Mu Guiying est l’archétype du rôle de daomadan, qui exige la maîtrise du chant, de la déclamation, du jeu gestuel et des arts martiaux. Elle incarne une chef militaire au port altier, mais aussi une jeune femme au cœur plein de rêves.

Dans La Forteresse de Muke, nous ne voyons pas encore la commandante mature et posée de Mu Guiying prendre le commandement, mais une héroïne jeune, extraordinairement douée, au caractère vif, et qui ose poursuivre audacieusement son amour. Son charme réside précisément dans cette vitalité brute et spontanée.

5.  Faits saillants

La Forteresse de Muke est une peinture vivante d’une chasse automnale menée par une héroïne entourée de ses compagnes. Mu Guiying n’est pas une guerrière solitaire ; elle commande une « brigade de sœurs » pleine d’énergie. Ces soldates ne sont pas de simples figurantes, mais ses compagnes d’armes et son écrin. À son ordre, elles se déploient en formation, établissant immédiatement la puissance et l’identité du fort. La scène entière se transforme ainsi en un tableau animé, joyeux et plein d’allant.

Comment apprécier cette pièce
Inutile de se perdre dans la terminologie technique. Contentez-vous de suivre Mu Guiying et de ressentir son rythme :

Son fouet est-il rapide ou lent ?
Est-elle en quête de gibier ou déjà en visée ?
Ses plumes ondulent-elles avec légèreté ou pointent-elles avec détermination ?

Si vous percevez ces nuances, alors félicitations : vous êtes pleinement immergé dans l’univers de cette jeune générale.

6. Présentation de l’interprète

Liu Xinyue, actrice de l’Opéra de Pékin – Centre artistique du Québec.
Elle interprète Mu Guiying dans cette production.

Initiée à l’opéra de Pékin à l’âge de cinq ans par la professeure Guo Zhongli de la Troupe de l’opéra de Pékin de Shanghai, elle débuta avec la pièce Ramasser le bracelet de jade. À six ans, elle remporta la médaille d’argent au 2e concours national « Coupe de la Paix » pour jeunes amateurs. Au cours de plus de dix années d’apprentissage, elle a obtenu de nombreuses distinctions. Depuis 2025, elle se perfectionne sous la direction de la maître Jiang Shijia et s’affirme comme l’une des artistes prometteuses de la nouvelle génération.

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