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11. L’Opéra de Yue : « Extrait du Pavillon de l’Ouest – Le Message remis »

Cette série est conçue comme votre guide personnel pour le Gala d’Opéra de l’Année du Cheval 2026. Elle vous offre les clés pour pénétrer l’univers fascinant de la scène traditionnelle chinoise. À travers une présentation accessible de l’origine, de l’histoire et des caractéristiques artistiques de chaque œuvre, nous souhaitons vous accompagner pour en saisir les nuances et vivre pleinement l’émotion du spectacle. Que vous soyez un connaisseur ou que vous découvrirez l’opéra chinois pour la première fois, ces pages sont votre invitation à une expérience théâtrale unique.

1. Origine de l’œuvre

De la zaju des Yuan à la scène du Yueju : une recréation classique

Le Pavillon de l’Ouest est l’un des chefs-d’œuvre du théâtre chinois, écrit par Wang Shifu à la fin du XIIIᵉ siècle, sous la dynastie Yuan. Cette œuvre marque l’apogée du théâtre amoureux classique chinois et n’a cessé, au fil des siècles, d’être réinventée.

Sous les Ming, Li Rihua en propose une adaptation en théâtre chanté du Sud. Par la suite, le Kunqu, l’Opéra de Pékin et de nombreux opéras régionaux s’en emparent, faisant du Pavillon de l’Ouest une source inépuisable du répertoire traditionnel.

Dans cette riche lignée, la version en opéra Yue (Yueju) se distingue par sa délicatesse et sa sensibilité lyrique. Apparue dès les années 1930, elle est aujourd’hui considérée comme l’un des quatre grands classiques du Yueju. Les interprétations légendaires de Yuan Xuefen, Fan Ruijuan et Yin Guifang ont façonné des figures inoubliables de Yingying et Zhang Sheng, devenues emblématiques de l’esthétique yue.

2. Contexte et intrigue

Comment une lettre fait vaciller un cœur derrière les murs du gynécée

Le récit met en scène Zhang Gong (Zhang Sheng), jeune lettré hébergé au monastère de Puji, où il rencontre Cui Yingying, fille d’un ancien ministre, installée dans le pavillon de l’Ouest avec sa mère. Par échanges poétiques, les deux jeunes gens tombent amoureux.

Lorsque le rebelle Sun Feihu assiège le monastère pour enlever Yingying, la mère promet publiquement sa fille à celui qui sauvera la situation. Zhang Sheng obtient l’aide du gouverneur Du Que et repousse l’attaque. Mais une fois le danger écarté, la mère renie sa promesse, invoquant la différence de rang social.

Les amants sombrent alors dans le chagrin, jusqu’à ce que la servante Hongniang joue les médiatrices. Grâce à sa ruse, Zhang Sheng et Yingying échangent des lettres et se rencontrent secrètement, scellant leur engagement.

L’épisode Transmission de la lettre se concentre sur un moment clé : Yingying feint de rompre par écrit et charge Hongniang de remettre une lettre de « séparation ».
Face à elle, un Zhang Sheng éperdu, pour qui chaque mot devient une épreuve du cœur.

Autour de cette lettre se déploient jeu de dupes, observation, hésitation et révélation des sentiments, dans un dialogue à deux personnages où l’humour, la tendresse et l’émotion s’entrelacent. Sans grandes scènes ni décors fastueux, la pièce fait jaillir une intense tension affective à partir d’un simple morceau de papier.

3. Les spécificités du Yueju

Quand la douceur du parler du Sud chante l’amour

Bien que courte et à deux personnages, cette scène révèle pleinement l’esthétique du Yueju :

  • La musique : mélodies souples et lyriques, d’une grande expressivité.
    La vivacité lumineuse de Hongniang (école Lü) contraste avec la ligne vocale profondément émotive de Zhang Sheng (école Yin).
     

  • Le texte parlé : naturel et plein de vie.
    La franchise piquante de Hongniang répond à la sincérité maladroite du lettré, donnant naissance à une comédie de caractères très humaine.
     

  • Le jeu scénique : le Yueju excelle dans la subtilité.
    Regards, déplacements, manches d’eau et infimes variations corporelles traduisent les tourments intérieurs avec une grande finesse.
     

4. Types de rôles

Quand le sheng et le dan trouvent leur juste harmonie

Zhang Sheng — xiaosheng
Rôle emblématique du Yueju, le xiaosheng incarne le jeune lettré élégant.
Dans l’interprétation de l’école Yin (Guifang), Zhang Sheng révèle à la fois son érudition raffinée et son excès de sensibilité, donnant au « pauvre étudiant amoureux » une intensité touchante.

Hongniang — huadan
La huadan représente la jeunesse vive et intelligente.
Dans l’école Lü (Ruiying), Hongniang devient une jeune femme franche, énergique et généreuse, mêlant esprit chevaleresque et chaleur humaine.

 

5. L’essence de la scène

Deux personnages, une infinité de nuances

Tout l’intérêt de Transmission de la lettre repose sur le jeu de confrontation entre Hongniang et Zhang Sheng :

  • La droiture et la ruse de Hongniang
    Bien que servante, elle mène le jeu. Son franc-parler, ses gestes vifs et son humour cachent une profonde bienveillance. Elle ne transmet pas seulement une lettre, mais le courage d’aimer.
     

  • L’obsession et la sincérité de Zhang Sheng
    Son exaltation à la lecture de la lettre, ses supplications répétées et ses remerciements maladroits rendent son personnage à la fois comique et profondément attachant.
     

  • L’objet central : la lettre
    Déposée, oubliée, reprise, cachée — chaque manipulation devient un moment dramatique. Lorsque Zhang Sheng ose enfin la lire, le cœur du public bat au même rythme que le sien.
     

6. Clés d’écoute et de regard

Saisir les vibrations de l’émotion entre les lignes

  • Pour apprécier pleinement cette scène :

  • Observez le dialogue : comment la méfiance se transforme en confiance.
     

  • Écoutez le sous-texte : les plaisanteries de Hongniang sont pleines d’encouragement, les naïvetés de Zhang Sheng sont d’une sincérité désarmante.
     

  • Savourez les détails : le moment où la lettre est ouverte concentre l’émotion la plus intense.
     

  • Laissez-vous porter par le charme du Yueju, fluide et doux comme une rivière du Jiangnan.
     

Dans l’espace d’une simple lettre se condensent le courage, la vérité du cœur et la lumière d’un amour qui ose défier les conventions.

7. Interprètes

Wei Meng — Zhang Gong (Zhang Sheng)
Membre de l’Association de recherche sur le Yueju de Pékin, xiaosheng principal, spécialisé dans les écoles Yin (Guifang) et Fan (Ruijuan).
Formé dès l’enfance par plusieurs maîtres renommés, il possède plus de trente ans d’expérience scénique professionnelle. En 2023, il a représenté le Canada lors de l’émission spéciale Yueju de The Voice of China (Zhejiang TV).

Dongmei Shi  — Hongniang
Membre clé du Centre des arts de l’Opéra de Pékin du Québec.
Initiée très jeune à l’opéra chinois, elle étudie depuis 2021 le Kunqu (rôle guimendan) auprès de Xu Jiawan.
Interprète polyvalente en Kunqu, Opéra de Pékin et Yueju, elle enseigne également l’appréciation de l’opéra chinois à l’université depuis plus de dix ans.
En 2023, elle participe également à la saison spéciale Yueju de The Voice of China en tant que représentante canadienne.

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