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8. L’Opéra de Pékin: Lian Jinfeng

Cette série est conçue comme votre guide personnel pour le Gala d’Opéra de l’Année du Cheval 2026. Elle vous offre les clés pour pénétrer l’univers fascinant de la scène traditionnelle chinoise. À travers une présentation accessible de l’origine, de l’histoire et des caractéristiques artistiques de chaque œuvre, nous souhaitons vous accompagner pour en saisir les nuances et vivre pleinement l’émotion du spectacle. Que vous soyez un connaisseur ou que vous découvrirez l’opéra chinois pour la première fois, ces pages sont votre invitation à une expérience théâtrale unique.

1. Origine de l’œuvre

Pourquoi cette pièce est-elle singulière ?

Lian Jinfeng est une œuvre de l’Opéra de Pékin écrite par Qi Rushan et créée en 1923 à Pékin par Mei Lanfang. Elle est tirée du roman classique de la dynastie Qing Le Miroir des fleurs (Jinghua yuan) de Li Ruzhen, également connu sous le titre Le Royaume des Hommes Vertueux.

Contrairement aux récits centrés sur la guerre ou l’aventure héroïque, Le Miroir des fleurs mêle imagination fantastique, récits étranges, réflexion morale et regard novateur sur les figures féminines. Il offre ainsi à la scène lyrique chinoise un univers « d’ailleurs » rare et symbolique.

Lian Jinfeng se distingue par son sujet : ni intrigues de cour, ni batailles militaires, mais l’histoire d’une fille dévouée à sa mère, dont l’action se déploie jusque dans le monde sous-marin. Depuis sa création, la pièce a connu un large succès, a été présentée à l’étranger (notamment au Japon et aux États-Unis) et est intégrée au répertoire pédagogique de l’Académie nationale de l’Opéra de Pékin.

 

2. Contexte et intrigue

Une légende sous-marine née de la piété filiale

L’action se déroule dans un monde lointain et imaginaire, à l’époque de la dynastie Tang, sous le règne de l’impératrice Wu Zetian. Originaire du sud de la Chine, Lian Jinfeng a fui les troubles de sa région natale avec sa mère et vit désormais dans le légendaire Pays des Hommes Vertueux.

Sa mère, gravement malade, doit être nourrie de concombres de mer pour survivre. Trop pauvre pour en acheter, Lian Jinfeng apprend seule à nager et plonge quotidiennement en mer afin d’en récolter.

Lors d’une plongée, elle est capturée par des pêcheurs d’un royaume voisin et ligotée à l’avant d’un bateau, destinée à être vendue. Par hasard, le lettré Tang Ao, accompagné de Lin Zhiyang et Duo Jiugong, passe par là au cours d’un voyage maritime. Touché par la piété et la droiture de la jeune femme, Tang Ao la rachète et la ramène auprès de sa mère.

Mais Lian Jinfeng ne renonce pas à son devoir filial. Elle replonge en mer et pénètre dans le palais des coquillages, où elle affronte un esprit marin. Dans un moment décisif, elle tire son épée, vainc l’adversaire et obtient une perle précieuse.
Elle offre la perle à Tang Ao en signe de gratitude, tandis que les concombres de mer servent à soigner sa mère.

Sous son apparence fantastique, l’histoire revient à des valeurs fondamentales : la piété filiale, le courage et la reconnaissance.

3. Type de rôle

Quel personnage est Lian Jinfeng ?

Lian Jinfeng appartient au rôle de huashan (rôle féminin mixte), un type de rôle dont le registre combiné :

  • la retenue et la dignité de la Qingyi ;
     

  • la vivacité de la Huadan ;
     

  • des éléments corporels empruntés aux rôles martiaux féminins, notamment la Daomadan.
     

Contrairement aux héroïnes combattantes, l’action de Lian Jinfeng ne repose pas sur le combat, mais sur une gestuelle dansée hautement stylisée, traduisant la détermination face au danger.

Son courage n’est pas démonstratif : il naît d’un choix moral — risquer sa vie pour sa mère.
Le chant, le jeu et la danse s’entrelacent pour exprimer à la fois la tendresse filiale et l’exploit accompli dans les profondeurs marines.

 

4. Costumes et accessoires

Du monde humain au royaume sous-marin

Les costumes et accessoires accompagnent la transformation progressive du réel vers le fantastique.

La tenue de pêcheuse
Au début, Lian Jinfeng apparaît coiffée d’un chapeau de paille, vêtue d’un manteau de pluie et tenant une canne à pêche. Cette sobriété souligne sa pauvreté et met l’accent sur son action plutôt que sur l’ornement.

La canne à pêche – cœur de la « danse de l’exploration marine »
Par des gestes stylisés (lancer, tirer, relâcher), la canne devient un outil poétique permettant de suggérer les courants, la profondeur et l’effort de la plongée.

L’épée – symbole du choix décisif
L’épée n’exprime pas la violence, mais la détermination. Son apparition marque le passage d’une héroïne subissant le destin à une femme qui agit et assume ses choix.

Sur scène, il n’y a ni eau réelle ni palais marin tangible :
le corps de l’actrice devient le courant,
les déplacements dessinent l’espace sous-marin,
et le costume aux teintes douces, associé aux manches et rubans, crée une impression de flottement.

C’est l’essence même du théâtre chinois : faire voir l’invisible par le geste.

 

5. Pourquoi cette pièce est-elle fascinante ?

Lian Jinfeng ne séduit pas par des rebondissements spectaculaires, mais par la construction progressive d’une atmosphère intérieure.

En regardant la pièce, observez :

  • hésite-t-elle ou avance-t-elle en entrant dans la mer ?
     

  • Le rythme de la canne est-il précipité ou maîtrisé ?
     

  • chaque geste est-il une exploration ou une certitude ?
     

Lorsque vous commencez à ressentir la profondeur de la mer, le poids de la décision et la difficulté du geste, vous êtes entré dans le monde intérieur de Lian Jinfeng.
Ce n’est pas seulement une pièce fantastique, mais une œuvre sur la responsabilité féminine, le choix moral et la force intérieure.

 

6. Interprète

Yinghua Zhao—- Lian Jinfeng
Membre clé de l’Opéra de Pékin du Québec et responsable de classe de la formation fondamentale « Yi ».
Elle découvre l’Opéra de Pékin à travers les opéras-modèles et commence, en 2023, une formation systématique en techniques de base, en voix et en chant.
Depuis 2024, elle étudie auprès de Jiang Shijia et Lü Yan, et interprète notamment La Biographie de Taizhen et Le Retour du phénix au nid.

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