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5.L’Opéra de Pékin: Pêcher la tortue d’or

Cette série est conçue comme votre guide personnel pour le Gala d’Opéra de l’Année du Cheval 2026. Elle vous offre les clés pour pénétrer l’univers fascinant de la scène traditionnelle chinoise. À travers une présentation accessible de l’origine, de l’histoire et des caractéristiques artistiques de chaque œuvre, nous souhaitons vous accompagner pour en saisir les nuances et vivre pleinement l’émotion du spectacle. Que vous soyez un connaisseur ou que vous découvrirez l’opéra chinois pour la première fois, ces pages sont votre invitation à une expérience théâtrale unique.

1. Origine de l’œuvre   D’où vient cette pièce ?

Pêcher la tortue d’or est adapté du drame légendaire L’Affaire des deux clous (Shuangding an), une pièce de Kunqu écrite sous la dynastie Qing par Tang Ying.
Ce récit, centré sur la famille et la piété filiale, trouve ses origines dans le recueil mythologique À la recherche des esprits (Soushen Ji) de Gan Bao, datant de la dynastie Jin.

Transmise et transformée au fil des dynasties Tang et Song, l’histoire se fixe progressivement à l’époque Yuan et devient un thème majeur du théâtre traditionnel chinois.
Tang Ying, influencé par le théâtre populaire, y intègre des éléments de causalité morale et de destin, tout en combinant narration classique et formes musicales plus dynamiques.

Contrairement aux pièces héroïques et martiales, Pêcher la tortue d’or raconte une histoire du quotidien, simple en apparence, mais profondément humaine. Sur la scène de l’Opéra de Pékin, la pièce est particulièrement appréciée pour le dialogue entre la vieille mère (laodan) et le personnage comique (chou), où le chant et la parole transforment un conflit familial en émotion partagée.

2. Contexte et intrigue

Une tortue d’or, une tempête mère-fils

La veuve Kang, pauvre et âgée, vit au bord du fleuve Mengjin avec son fils cadet Zhang Yi, qui gagne leur maigre subsistance en pêchant chaque jour.

Un jour, Zhang Yi attrape par hasard une tortue d’or. Cet événement semble annoncer un tournant providentiel. Mais cette joie ravive aussi une rancœur enfouie : le fils aîné, devenu lettré et fonctionnaire, a abandonné sa mère. Zhang Yi accuse alors sa mère de favoritisme, et une dispute éclate.

Avec patience et bienveillance, Madame Kang apaise la colère de son fils, le guide par la raison et par l’amour maternel. Le malentendu se dissipe, et l’harmonie familiale est rétablie.

À partir d’un incident banal, la pièce révèle la complexité des liens familiaux, mêlant humour, tension et tendresse. Pêcher la tortue d’or est une œuvre où le quotidien devient théâtre de vérité.

3. Personnages et types de rôles

Comment l’émotion est-elle transmise ?

Madame Kang (Laodan – rôle de vieille femme)
Figure emblématique de la mère bienveillante, son chant est posé, retenu, mais profondément expressif.
La force du rôle ne réside pas dans la virtuosité vocale, mais dans la capacité à chanter la patience, la douleur et la générosité.

Zhang Yi (Chou – rôle comique)
Bien qu’appartenant au registre comique, Zhang Yi n’est pas un simple personnage de farce.
Son texte parlé est proche de la langue quotidienne, révélant colère, frustration, attachement et remords.

Le chant de la mère et la parole du fils, l’un calme et l’autre impulsif, donnent à une querelle domestique une profondeur émotionnelle durable — l’essence même de cette pièce.

 

4. Costumes et accessoires

La simplicité comme force dramatique

La mise en scène de Pêcher la tortue d’or privilégie la sobriété.
Les costumes sont inspirés des vêtements du peuple : couleurs discrètes, lignes simples, sans ornement excessif. Cette retenue visuelle recentre l’attention sur les personnages et leurs émotions.

Madame Kang

  • Coiffe simple et bandeau bleu : marquent la vieillesse et la pauvreté.
     

  • Robe ample de laodan : favorise un jeu mesuré et transmet la gravité de la mère.
     

  • Canne : accessoire essentiel, indiquant l’âge et structurant un rythme lent et digne.
     

Zhang Yi

  • Maquillage de chou : simple et expressif, accentuant les variations émotionnelles.
     

  • Vêtement bleu à larges manches : costume de travailleur, facilitant les mouvements scéniques.
     

La tortue d’or
Objet central de l’intrigue, elle symbolise à la fois l’espoir et le déclencheur du conflit familial.

5. Pourquoi cette pièce touche-t-elle le public ?

Pêcher la tortue d’or n’est pas une pièce à rebondissements spectaculaires, mais une œuvre de progression émotionnelle.
L’intérêt ne réside pas dans ce qui arrive, mais dans la manière dont les personnages pensent, parlent et évoluent.

Pour la regarder :

  • La mère chante-t-elle pour convaincre ou pour supporter ?
     

  • Le fils parle-t-il pour accuser ou pour être entendu ?
     

  • Après la dispute, l’atmosphère s’adoucit-elle ou se fige-t-elle ?
     

Si vous percevez ces nuances, vous êtes au cœur de cette pièce du quotidien, à la fois simple et universelle.

6. Interprètes

Baofeng Dou — Madame Kang.
Acteur d’Opéra de Pékin au Québec (rôles de Laosheng et Laodan), interprète expérimenté.
Spécialisé dans les écoles Yang (Baosen), Xi (Xiaobo) et Li (Duokui), il est reconnu pour un chant riche en émotion et une grande présence scénique.

Qiutang Zhao — Zhang Yi.
Acteur de rôles comiques (Chou), de rôles peints (Jing -rôles masculins au caractère puissant ou héroïque dans l’opéra chinois) et artiste de Quyi (les arts oraux traditionnels chinois).
Disciple du maître de xiangsheng Ma Guirong et de la spécialiste de danxian Gao Jialan, il possède une vaste expérience de la scène.

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